Art et Prison France organise « Un demi-mètre carré de liberté« , une série d’expositions d’une collection unique d’oeuvres d’art créées dans les prisons du monde entier. Cette exposition présente les oeuvres issues du 5ème concours international organisé par l’association allemande Art and Prison, ainsi que quelques oeuvres emblématiques issues de concours précédents. Elle sera accueillie:

– à Marseille dans la galerie de notre partenaire Carré d’artistes, Cours Honoré d’Estienne d’Orves, du 12 octobre au 7 novembre

– à Paris, à l’occasion des Journées Nationales Prison, dans les galeries de la mairie du 13ème arrondissement, du 21 novembre au 2 décembre

– à Paris, une reproduction de 12 oeuvres sera accrochée sur les grilles de la Caserne Napoléon, rue de Rivoli, en partenariat avec la mairie de Paris.

Ces expositions seront aussi l’occasion d’organiser des évènements (soirées-débats, projection du film « Un demi-mètre carré de liberté », etc..) autour de la création artistique en prison. Si vous souhaitez participer au financement de ces évènements, n’hésitez pas à contribuer à notre levée de fonds sur HelloAsso sous le titre « Un demi-mètre carré de liberté ». 

6ème concours international d’art réservé aux personnes détenues

Notre partenaire allemand, Art and Prison, lance le 6ème concours international d’art réservé aux personnes détenues. Cette initiative unique en son genre permet à des personnes détenues du monde entier de participer à un concours artistique. Les œuvres sélectionnées (tableaux, etc..) seront ensuite exposées à travers l’Europe. Les modalités de participation sont disponibles sur le site de l’association allemande.

 

Conférence à l’université de Santa Clara en Californie sur l’art en prison

par Bruno Lavolé | Août 19, 2019 | Evenements

Cet article va vous présenter la conférence « Art en prison: redessiner le paysage judiciaire », qui a été organisée à l’université de Santa Clara en Californie. La conférence a accueilli la projection du film d’Inga et de Bruno Lavolé “Un demi-mètre carré de liberté” qui sont les auteurs de cet article. Organisée par l’association California Lawyers for the Arts, cette troisième conférence nationale biennale est certainement la plus grande réunion sur l’art en prison réunissant plus de 330 professionnels (artistes, éducateurs, avocats, représentants d’association, d’administrations pénitentiaires) venus de 23 États des Etats-Unis et du Canada, du Royaume-Uni, d’Inde, du Mexique et nous, de France. De nombreux participants artistes travaillent bénévolement en prison. Certains des participants étaient d’anciens détenus. Pour voir le programme des conférences cliquez ici.

California Lawyers for the Arts, une association qui promeut l’art en prison

Créée en 1974 dans la baie de San Francisco, California Lawyers for the Arts s’est développée en Californie and apporte un soutien juridique aux artistes dont les moyens financiers sont limités. Depuis 2011, sous le leadership de sa Directrice Générale, Alma Robinson, l’association s’est consacrée à rétablir les programmes d’art en détention comme stratégie de réhabilitation des détenus afin de réduire la récidive et d’améliorer la sécurité publique. En collaboration avec la Fondation William James Association, elle a œuvré pour le rétablissement du financement des programmes d’art en prison en Californie qui avaient globalement vu leurs crédits supprimés en 2003. D’un projet pilote de 2.5 millions de dollars, les crédits ont augmenté à 8 millions de dollars par an, soutenant des programmes d’art dans les 35 prisons de l’état grâce à un accord entre l’administration pénitentiaire californienne et l’agence d’état, California Arts Council. La Californie est à l’avant-garde des activités artistiques en prison aux États-Unis mais les crédits de 8 millions de dollars doivent cependant être mis en perspective et comparés au budget de 11 milliards de dollars du système pénitentiaire californien. Avec 39 millions d’habitants, la Californie a une population carcérale d’environ 278.000 détenus et un ratio de détenus par habitants dans la moyenne américaine de 600 pour 100.000. Plusieurs intervenants ont parlé de l’incarcération de masse, problème spécifique aux États-Unis depuis les années 1980 (avec les politiques de tolérance zéro). Il y a aussi des programmes d’art en prison financés au niveau fédéral par l’agence étatique National Endowment for the Arts à Washington DC. Un des principaux défis auquel se heurtent les professionnels est l’incertitude des financements qui dépendent de considération politiques. Le financement des activités artistiques en prison est un combat en Californie comme dans le reste du monde.

Des interventions riches et variées

Dans le cadre magnifique de cette université privée, les ateliers, les présentations, les panels permettent de partager les méthodes d’enseignement, les programmes et les meilleures pratiques mettant en évidence le pouvoir de l’art derrière les barreaux. Plusieurs intervenants aussi insistent auprès des auditeurs pour qu’ils apportent leur soutien après leur libération aux détenus qui ont participé aux activités artistiques en prison. Toutes les formes d’art sont représentées : peinture, sculpture, littérature, théâtre, musique. Les moments les plus émouvants sont les témoignages d’anciens détenus. Dameion Brown, artiste en résidence de la Compagnie Marin Shakespeare, décrit dans un discours très entraînant sur sa découverte du théâtre en prison comment l’art transcende les tensions et les barrières entre détenus et les humanise aux yeux du personnel pénitentiaire, de leurs familles et de leurs codétenus. Les sortant de leurs silos, l’art les aide à se regarder sous un nouveau jour. Il leur permet de communiquer avec l’extérieur au-delà des divisions raciales et sociales sans s’exposer. Les participants insistent sur l’importance de la présence d’artistes en prison. Comme le dit un représentant de l’ACLU (Union Américaine des Libertés Civiles) : “Si vous enseignez l’art en prison, vous y enseignez la liberté.”

Les défis de la réinsertion par l’art

Un des principaux défis mentionné par les anciens détenus est de faire face aux nombreuses difficultés rencontrées à leur retour dans la société. Sortant d’un environnement où ils ne pouvaient prendre aucune initiative, ils sont tout à coup submergés par de multiples informations et par les choix à faire. Aux Etats-Unis, les employeurs réalisent des vérifications sur leurs employés. Les anciens détenus doivent expliquer ce qu’ils ont fait et sont à jamais considérés comme des citoyens de seconde zone qui continuent à être punis. Pour ceux qui ont découvert l’art en prison, et voudraient embrasser une carrière d’artiste après leur libération, il est vital de bénéficier d’un soutien collectif en rencontrant d’autres artistes et d’anciens détenus. Une autre réflexion très présente est que l’emprisonnement est une punition non seulement pour le détenu mais pour sa famille. Renouer avec votre conjoint et vos enfants après une longue absence est difficile, sans parler de la responsabilité de leur apporter son soutien.

Lors de ses ateliers, Lorraine Moller, Professeur de Communication & Théâtre au John Jay College of Criminal Justice à New York, demande aux participants de jouer divers personnages (l’adolescent qui visite son père en prison, le père qui essaye d’assumer ses responsabilités parentales malgré l’incarcération…). De tels jeux de rôle sont efficaces pour aider les détenus à redéfinir leurs relations sociales. Nicole Fleetwood (Professeur d’Études Américaines à l’université Rutgers au New Jersey) a vu des membres de sa famille emprisonnés lorsqu’elle vivait en Ohio. Ses recherches sur l’art visuel derrière les barreaux sont le sujet de son prochain livre, bientôt publié: « Carceral Aesthetics: Prison Art and Public Culture » (L’esthétique carcérale : l’art en prison et la culture publique »). Il étudie les pratiques d’art visuel qui naissent en prison, telles que photographie, peinture, ou travaux collectifs avec des artistes. Dans la ligne de son travail sur l’histoire de la culture afro-américaine, elle souligne combien l’incarcération de masse (qui touche surtout les afro-américains) marque la production culturelle à de nombreux niveaux. Pour illustrer ses propos, elle montre des œuvres créées par des détenus et insiste sur la créativité extraordinaire de ces derniers usant le peu de matériel à leur disposition pour créer leurs œuvres.

L’implication du personnel dans les activités, pour une prison plus humaine 

Kathleen Allison, Sous-Directrice à la Direction de l’Administration Pénitentiaire de Californie, déclare que l’art en prison montre que la réhabilitation est possible. Alma Robinson rappelle les études qui confirment que tout engagement des détenus dans des activités réduit la récidive. L’enquête de Larry Brewster en 2014 auprès de participants aux programmes artistiques démontre qu’ils développent leur capacité à gérer leur emploi du temps, leur motivation à réussir, la confiance en eux ainsi qu’un meilleur comportement et des relations sociales améliorées. Ils sont moins enclins à avoir des problèmes disciplinaires, ont de meilleures relations avec le personnel de la prison, et sont moins susceptibles de récidiver après leur libération. Pendant la conférence, Larry Brewster insiste sur le fait que toutes les études montrent que l’effet de l’art en prison est positif même s’il est difficile d’obtenir des statistiques précises concernant les détenus libérés. Avec le support du National Endowment for the Arts et d’autres crédits, California Lawyers for the Arts a récemment conduit un projet pluriannuel pour évaluer les bénéfices des programmes artistiques dans les prisons californiennes.

Un autre problème fréquemment mentionné est le taux de suicides élevé parmi le personnel pénitentiaire qui, d’après les études, est dû à la déshumanisation des relations humaines dans les prisons américaines (certains officiers sont même allés en Norvège pour une formation sur les relations entre les prisonniers et les surveillants). Plusieurs participants suggèrent d’inclure plus le personnel pénitentiaire dans le développement des activités artistiques en prison.

Montrer l’art en prison : l’importance des expositions 

L’importance de montrer au public l’art créé en prison pour changer sa perception est mentionné par plusieurs intervenants. Peter Merts a photographié les pratiques artistiques en prison depuis plus de 12 ans. Son merveilleux travail représente les détenus lors d’activités ordinaires ou durant des cours de danse, les montrant dans toute leur humanité. Le dernier jour est l’occasion de voir dans l’ancienne prison d’Alcatraz l’exposition d’œuvres d’art créées par des détenus avec comme thème leurs papiers d’identité. Quelle meilleure façon de conclure cette semaine remarquable qu’une réflexion des détenus sur leur identité. Parce que la prison est aussi un miroir de la société dans laquelle nous vivons, il est intéressant de noter que, dans son discours de clôture, Alma Robinson parle des bénéfices de l’éducation artistique dans les quartiers défavorisés. La semaine fut extrêmement riche en rencontres et en évènements et nous encourageons ceux qui le souhaitent à consulter le site de California Lawyers for the Arts mentionné ci-dessus. Si vous voulez plus de photos, cliquez ici !

EXPOSITION AU-DELÀ DES MURS – Automne 2018

L’exposition « Au-delà des murs » quitte la deuxième escale de son parcours en France. Après la mairie du 3ème arrondissement à Paris, les œuvres présentées seront à la maison de la région Grand-Est à Strasbourg du 21 novembre (jour de montage) au 30 novembre.  Elles retournent ensuite à Berlin chez l’association allemande Art and Prison.

Une exposition internationale

Sélectionnées parmi les oeuvres rassemblées par Art and Prison lors de concours internationaux d’art réservés aux personnes incarcérées, entre 40 et 50 toiles (selon la disposition des lieux), venues de 22 pays sur tous les continents, offrent au public une vision des rêves, des angoisses et des espoirs des détenus-artistes à travers quelques grands thèmes: la famille, l’aspiration spirituelle, l’angoisse, le rêve de liberté et bien d’autres.

Accueillie à Saint-Nazaire…

Accueillies d’abord au Parvis de St Nazaire, les toiles montrées par Art et Prison France y ont attiré de nombreux visiteurs. Les équipes du Parvis les ont mises en valeur et ont eu l’excellente idée d’organiser des visites scolaires. Des élèves de la troisième à la terminale ont pu ainsi communier par l’art avec les personnes détenues. Ils ont partagé les émotions jetées par ceux-ci sur la toile: angoisse de l’enfermement, culpabilité, recherche du pardon, espoir de liberté. Les questions nombreuses posées par ces élèves sur le sens des œuvres et des messages ainsi portés devant le public n’ont pas toujours pu trouver de réponse, mais ils ont tous été sensibles au dialogue initié par les artistes. L’exposition a également offert son cadre à la présentation du Village Saint-Joseph, lieu d’accueil pour personnes en difficulté: sans domicile fixe, sortants de prison ou confrontées à d’autres exclusions.

… puis à Paris

Le très beau bâtiment de la mairie du 3ème à Paris a ensuite été l’écrin parfait pour ces odes à la dignité humaine créées derrière les barreaux. Ce monument construit par la Troisième République pour traduire dans une architecture solennelle les idéaux républicains de liberté, égalité et fraternité a ainsi accueilli un art qui ne peut émerger de l’ombre que grâce aux progrès civilisationnels inspirés  par ces idéaux. Cette exposition a été l’occasion de la projection, sur invitation, du film « Un demi-mètre carré de liberté »  réalisé par Inga Lavolé-Khavkina et tourné en grande partie lors d’ateliers artistiques en prison. Les détenus y expriment l’importance de pouvoir satisfaire leur besoin vital de créer dans cet univers contraint dont l’emprise les étouffe peu à peu. Plusieurs spectateurs ont manifesté leur espoir que ce film soit un jour projeté en détention. Enfin, le mardi 30 octobre, Stéphane Jacquot a présenté lors d’une soirée son dernier livre, « Pardonner l’irréparable », dans lequel il plaide pour une justice réparatrice et non simplement punitive.

Des tableaux reflétant une grande palette de sentiments

Les spectateurs ont été émerveillés par la finesse d’expression et la qualité technique des tableaux peints par ces artistes enfermés, tels celui de Radek Perlak (Pologne), « portrait flou », rieur ou atterré selon la façon dont on le regarde (« Moving Nut »). Du même artiste, un magnifique portrait de la femme politique hollandaise Ayaan Krsi Ali, nous émeut par sa qualité, la finesse du trait et surtout par son regard expressif. Vadims (Lettonie) représente de façon stylisée le combat entre la lumière et l’ombre dans « Auto-portrait, ma vision du monde », avec son personnage au bord du précipice, éclairé par une lumière qui vient du bas.

La douleur imprègne souvent les toiles, douleur d’une âme torturée après les actes qui l’ont amenée en prison ou douleur de l’enfermement ? Probablement les deux dans le portrait de Nikolai (Biélorussie), « Douleur ». Douleur aussi d’être tombée dans un abîme: « Les abysses de l’opium » par Diana (Ukraine). L’enfermement est bien sûr un thème très prégnant qu’il soit représenté tel James Taylor (Etats-Unis) dans un tableau plein de détails, ou de façon plus minimaliste dans le tableau de Yuen (Macao). Le même thème de la peine capitale est représenté par Stephen dans un tableau inspiré de la scène de Leonard de Vinci (« The last duff », Angleterre). D’autres oeuvres nous emportent dans un univers onirique, surréaliste. La palette des sentiments exprimés par ces artistes est très riche. Ils ont saisi leur liberté d’artiste.